Une tuberculose multirésistante à 8 mois

Une tuberculose multirésistante à 8 mois

Il est difficile d’imaginer que Makhissa a été un jour gravement malade. Riant aux éclats, la petite fille de 2 ans et demi court à travers la maison avec ses cousins et cousines. Sa grand-mère, Salimatou, la regarde avec les yeux qui brillent.

« Aujourd’hui, elle va beaucoup mieux », explique-t-elle en suivant Makhissa des yeux, « ces dernières années n’ont pas été faciles. » Makhissa a attrapé la tuberculose multirésistante alors qu’elle n’avait que 8 mois. C’est sa mère, Maimouna, qui l’a contaminée. Maimouna était atteinte de la tuberculose multirésistante, mais aussi d’une maladie cardiaque.

La tuberculose est passée de la mère à la fille

« J’ai vendu mon congélateur pour pouvoir payer le traitement de ma fille, mais c’était déjà trop tard. Maimouna est morte alors que Makhissa n’avait encore que 10 mois. » Le père de Makhissa est décédé au troisième mois de grossesse de Maimouna, dans un accident de moto. Avant même de naître, Makhissa n’avait donc déjà plus de père.

Quand elle a eu 8 mois, Makhissa a été emmenée à l’hôpital. Elle présentait les mêmes symptômes que sa mère. « Elle toussait beaucoup et avait souvent de la fièvre pendant la nuit. J’ai tout de suite su qu’elle avait attrapé la maladie de sa mère. Elle était trop petite pour donner un échantillon d’expectoration au médecin, donc il a dû aller en chercher lui-même dans sa gorge. »

Le traitement de 9 mois en Guinée

En 2016, le traitement de 9 mois contre la tuberculose multirésistante a été introduit en Guinée, et Makhissa a été une des premières personnes à en bénéficier. Ce traitement était plus court, moins cher, plus efficace et plus facile à administrer que l’ancien traitement. Mais Makhissa était tellement petite qu’elle a été hospitalisée les 4 premiers mois. « Je ne me suis jamais éloignée d’elle pendant cette période. Je suis restée jour et nuit avec elle à l’hôpital », se souvient Salimatou.

Le Dr Souleymane, représentant d’Action Damien en Guinée, poursuit : « Les 4 premiers mois du traitement de 9 mois sont intenses car il faut faire chaque jour une injection au patient. Makhissa était encore toute jeune, c’est pourquoi les doses ont dû être adaptées. Nous avons donc décidé de l’hospitaliser pour pouvoir suivre son état de près. Chaque jour, je coupais ses médicaments en 2 à l’aide d’un couteau. Sa grand-mère était toujours auprès d’elle. C’est une femme très forte. »

Un petit commerce pour Salimatou

Au terme de ces 4 mois, Makhissa a pu rentrer chez elle. Chaque mois, Salimatou se rendait chez le Dr Souleymane pour recevoir les médicaments de Makhissa. « Je devais les écraser et les mélanger à sa nourriture, sinon elle refusait de les prendre », se rappelle Salimatou. Action Damien lui donnait aussi des langes et du lait pour Makhissa. « Salimatou n’avait pas d’argent pour subvenir aux besoins de sa famille », explique le Dr Souleymane. « Ils habitent à plus de 10 dans cette petite maison. Son mari et elle, mais aussi plusieurs de leurs enfants et petits-enfants. »

« Son mari, Aboubacar, a perdu une jambe dans un accident avec un camion en 1982 et a le diabète. Salimatou était donc la seule à gagner de l’argent, mais elle a perdu son travail car elle devait rester au chevet de Makhissa à l’hôpital. Elle n’avait plus d’argent. Action Damien a décidé de l’aider à mettre en place un petit commerce. L’argent lui permet de subvenir aux besoins de sa famille. Vous voyez, ce n’est pas seulement en aidant les patients qu’on fait la différence ! Souvent, une famille entière dépend d’une seule personne. Si cette personne cesse de gagner de l’argent, ce sont donc parfois 10 personnes qui se retrouvent dans le besoin. »

La vie après la maladie

En avril 2017, Makhissa a pris ses derniers médicaments et a été déclarée guérie. Elle a été la première personne en Guinée à terminer ce traitement de 9 mois.

Salimatou avertit ses voisins

« Lorsque Makhissa était malade, personne du quartier ne venait nous voir. On nous évitait comme la peste. Même notre famille. Les gens avaient peur. Je les comprends, moi non plus je ne connaissais pas bien cette maladie avant que ma fille ne la contracte. » Aujourd’hui, Salimatou avertit ses voisins et sa famille des dangers de la tuberculose.

Nourrir 9 personnes avec 2 euros par jour

« Ce sera toujours difficile, mais ça va déjà mieux aujourd’hui. Makhissa est guérie et mes autres enfants vont bien. Au niveau financier, les choses vont aussi un peu mieux. Vous savez, ce traitement n’aurait jamais été possible sans l’aide d’Action Damien. Avec mon petit commerce, je ne gagne pas plus de 2 euros par jour, et je dois nourrir 9 personnes avec cet argent. Je suis très reconnaissante à Action Damien et au Dr Souleymane pour tout ce qu’ils ont fait pour nous. »

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